L'AUTRE

Extrait

Ce texte contient de nombreux passages à caractère érotique et s’adresse à un public adulte (+18 ans)

Je sonne, il ouvre. Je suis sur le pas de la porte, une bouteille de champagne à la main et une boîte de pâtisseries dans l’autre. J’ai pris ses préférées. Il a l’œil qui pétille et il sourit, il me remercie pour les attentions. Il est habillé simplement, un polo noir et un jean, mais je le trouve beau et très séduisant, ce que je garde pour moi. J’ai mille papillons dans le ventre. Je connais déjà les lieux. Nous les avons inaugurés. C’est l’appartement que ses parents avaient acheté lorsque nous étions étudiants, c’est un grand deux-pièces, décoré avec goût. Il semble qu’il l’ait rafraîchi, c’est plus moderne. J’en conclus que c’est à présent sa « garçonnière », je me retiens de lui demander si c’est ici qu’il ramène toutes ses conquêtes…


Il a mis une musique d’ambiance un peu jazzy, new soul, je ne pensais pas que c’était son style… Et ça sent le rôti, il a fait la cuisine ?! Il fait bon ici, contrairement à dehors où le froid s’est définitivement installé pour quelques mois. Il me demande de faire comme chez moi, enfin pas trop quand même, dit-il railleur. Je lui demande s’il a cuisiné, sincèrement étonnée. Il répond : « Tu verras ! Comme quoi je ne suis pas qu’un gros goujat, n’est-ce pas ?! » Puis il enchaîne en demandant comment s’est passée ma journée, je lui raconte dans les grandes lignes notre rendez-vous. Je me débarrasse de mon manteau en regardant autour de moi.

Quand il revient avec deux flûtes et le champagne, il bloque sur le devant de ma tenue. Je suis fière : j’obtiens la réaction que j’attendais. Il est médusé, ses grands yeux ne clignent pas. Comme je vous le disais, je suis donc allée à l’essentiel : je porte une nuisette en soie rouge bordeaux col V profond de chez Agent Provocateur, qui arrive juste au-dessus des cuisses, échancrée sur les côtés et bordée de dentelle. Le dos est aussi décolleté, retenu par de fines bretelles sur les épaules. Bien entendu, je n’ai pas de soutien-gorge, mais je porte le string assorti. Aux pieds, j’ai une paire de bottes en daim de la même couleur, un peu bondage, sanglées, à talons aiguilles. Achetées sur un coup de tête dans une vente privée il y a des années, je ne les ai jamais mises, elles sont beaucoup trop « femme fatale », mais je savais que je le jour viendrait où je trouverais l’occasion de les porter…

Je suis postée comme si de rien n’était, en train de regarder un bouquin de la bibliothèque. Légèrement inclinée sur le côté, je fais la fille absorbée par le livre dans mon uniforme, disons-le franchement, de pute. Quand je lève la tête, je me dirige vers lui pour l’aider à mettre les flûtes et la bouteille sur la table basse, je roule des fesses, mais sans le faire exprès… C’est la faute des bottes ! J’y suis allée mollo sur le maquillage et les accessoires, juste un rouge à lèvres carmin, de l’eyeliner noir, et un sautoir déniché dans une bijouterie vintage. Et touche finale : je me suis mis quelques gouttes de ce parfum luxueux aux notes ambrées, en édition limitée, que je ne porte que pour les grandes occasions.

Après avoir réalisé que je suis bien réelle, il me dit qu’il me trouve très en beauté ce soir… Il ne mentionne pas le reste, bien-sûr. Il se contente d’un sourire en coin, puis repart dans la cuisine, en se retournant une dernière fois. Je lui demande s’il a besoin d’aide, il me dit non. Je me suis assise sur le canapé, il réapparaît, ouvre le champagne et nous sert. Nous trinquons, il ressemble à un félin prêt à bondir sur sa proie. Je sens qu’il a une foule de commentaires à faire, mais il se retient, il boit de petites gorgées sans se gêner pour plonger les yeux dans mes seins apparents. Je sens qu’ils pointent sous son regard de braise. On se regarde, je me remets à boire, les yeux plantés dans les siens, c’est à celui qui dégainera en premier. On dirait un duel, façon western… X.


Il continue de sourire, frotte ses phalanges contre ses lèvres et son menton, il soupire en secouant la tête, puis boit à nouveau. Je ne sais pas s’il se fout de ma gueule ou s’il est dépassé par mon culot, cela dit, je ne me démonte pas. Au bout d’un moment, il me demande, plus sérieux, si j’ai faim. Je le scrute comme il aime le faire avec moi, les jambes croisées coulissant l’une contre l’autre, je bois une autre gorgée et réponds en revenant à ses yeux : « Plutôt, oui. » Il pose sa coupe en prenant son temps et... se jette sur moi.

 

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